Un consultant en portage salarial qui attend un enfant se pose une question très pratique sur son congé paternité, souvent juste après l'annonce de la grossesse à son entourage : a-t-il exactement les mêmes droits qu'un cadre en CDI classique, ou son statut change-t-il la donne ? La réponse tient en une phrase. Oui, intégralement, et sans exception liée au portage.
La nuance se joue ailleurs : dans la mécanique de versement, dans ce que devient la mission commerciale en cours pendant les 25 jours d'absence, et dans un nouveau droit entré en vigueur au second semestre 2026 qui vient s'ajouter au congé paternité classique. Notre article sur le congé maternité en portage salarial traite le cas symétrique côté mère ; celui-ci se concentre sur le père ou le second parent.
Un consultant porté bénéficie du congé de paternité et d'accueil de l'enfant dans les mêmes conditions qu'un salarié classique : 25 jours calendaires au total, 32 en cas de naissances multiples, indemnisés par la Sécurité sociale sous réserve de 6 mois d'affiliation. La réserve financière du portage n'est ni sollicitée ni affectée par ce congé.
Un salarié porté a-t-il droit au congé paternité comme n'importe quel salarié ?
Oui, sans restriction propre au statut. La société de portage est l'employeur au sens du droit du travail : elle cotise chaque mois à l'Assurance Maladie sur la branche maternité-paternité, exactement comme n'importe quelle entreprise. Le droit du travail ne fait aucune différence entre un CDI de portage, un CDD de portage et un contrat classique sur ce point précis.
Pour toucher l'indemnité journalière, il faut justifier de 6 mois d'affiliation à la Sécurité sociale à la date de début du congé, ou, à défaut, de 150 heures travaillées au cours des 3 mois précédents, ou de cotisations sur une base au moins égale à 1 015 fois le SMIC horaire sur les 6 derniers mois. Un consultant en intercontrat depuis peu, ou en tout début d'activité en portage, doit vérifier ce seuil avant de compter sur l'indemnisation.
Depuis 2021, ce congé s'appelle officiellement « congé de paternité et d'accueil de l'enfant », précisément pour couvrir aussi la conjointe ou la concubine de la mère dans un couple de femmes, dans les mêmes conditions d'affiliation.
Combien de jours dure le congé paternité et d'accueil de l'enfant en 2026 ?
La durée totale atteint 25 jours calendaires pour une naissance simple, 32 jours pour une naissance multiple. Elle se décompose en deux périodes distinctes, qui suivent un congé de naissance de 3 jours ouvrés, pris en charge à 100 % par la société de portage et non par la Sécurité sociale.
La première période, 4 jours calendaires, est obligatoire et doit être prise immédiatement après le congé de naissance. La seconde, 21 jours calendaires (28 en cas de naissances multiples), est facultative et peut être prise en une fois ou fractionnée en deux périodes d'au moins 5 jours chacune, dans les 6 mois suivant la naissance.
| Période | Naissance simple | Naissances multiples | Prise en charge |
|---|---|---|---|
| Congé de naissance | 3 jours ouvrés | 3 jours ouvrés | Société de portage, 100 % |
| Période obligatoire | 4 jours calendaires | 4 jours calendaires | Sécurité sociale |
| Période facultative | 21 jours calendaires | 28 jours calendaires | Sécurité sociale |
| Total après naissance | 25 jours | 32 jours | Mixte |
Un consultant qui prévoit de fractionner la période facultative gagne à en informer sa société de portage au moins un mois avant chaque date de départ, délai de prévenance identique à celui de tout salarié.
Comment se calcule l'indemnité journalière versée par la CPAM ?
Le calcul suit exactement la même méthode que pour le congé maternité. La CPAM retient la moyenne des salaires bruts des 3 mois précédant le congé, plafonnée au plafond mensuel de la Sécurité sociale, fixé à 4 005 euros en 2026. Le montant journalier maximal qui en résulte s'élève à 104,02 euros bruts par jour au 1er janvier 2026.
Sur ce montant brut, la CPAM prélève avant versement 0,5 % de CRDS et 6,2 % de CSG, soit environ 6,7 % au total, ce qui ramène l'indemnité nette autour de 97 euros par jour pour un consultant au plafond. Elle reste ensuite un revenu de remplacement imposable, soumis au prélèvement à la source selon le taux propre au foyer fiscal du consultant.
Un consultant dont le TJM et le rythme de facturation dépassent le plafond de la Sécurité sociale touchera le montant maximal, quel que soit son revenu réel au-delà de ce seuil. À l'inverse, un consultant en début d'activité, avec des mois de facturation irréguliers, verra son indemnité calculée sur une moyenne parfois inférieure à son salaire habituel : mieux vaut le savoir avant, pas en découvrant le premier virement de la CPAM.
La méthode complète tient en deux étapes. La CPAM additionne d'abord les 3 salaires bruts mensuels précédant le congé, chacun plafonné à 4 005 euros s'il le dépasse, puis divise ce total par 91,25 pour obtenir le salaire journalier de base. L'indemnité journalière correspond enfin à 79 % de ce salaire journalier de base.
Prenons un consultant dont les 3 derniers salaires bruts dépassent chaque mois le plafond de 4 005 euros. Une fois chaque mois plafonné, le total retenu atteint 12 015 euros, divisé par 91,25 pour un salaire journalier de base de 131,67 euros, puis 79 % de ce montant donnent bien les 104,02 euros bruts par jour, plafond maximal. Un consultant moins bien rémunéré, avec un salaire brut moyen de 2 500 euros sur la période, aura un salaire journalier de base de 82,19 euros non plafonné, pour une indemnité de 64,93 euros bruts par jour, soit environ 1 623 euros bruts pour les 25 jours de congé.
Que devient la mission en cours pendant les 25 jours de congé ?
Rien n'oblige à rompre le contrat commercial avec le client au moment du départ. La lettre de mission peut être suspendue pour la durée du congé, ou transférée temporairement à un autre consultant de la même société de portage, selon ce qui a été anticipé avec le client. Le contrat de travail avec la société de portage, lui, n'est jamais rompu par la prise de ce congé.
La protection contre le licenciement s'applique pendant toute la durée du congé, sauf faute grave sans lien avec la situation du salarié ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la naissance. Un CDD de portage arrivant à échéance pendant le congé n'est en revanche pas prolongé par ce dernier : le contrat prend fin à la date prévue, et les droits au chômage s'ouvrent alors selon les règles habituelles détaillées dans notre guide sur le portage salarial et le chômage.
Congé paternité et congé supplémentaire de naissance : deux droits qui se cumulent
Depuis le 1er juillet 2026, un congé supplémentaire de naissance est venu s'ajouter au dispositif existant, pour chaque parent d'un enfant né à partir du 1er janvier 2026. Il ouvre droit à deux mois de congé rémunérés à 70 % du salaire net le premier mois puis 60 % le second, pris en une fois, en deux mois consécutifs ou en deux périodes séparées d'un mois.
Ce nouveau congé ne remplace ni le congé paternité classique, ni le congé de naissance de 3 jours : il s'y ajoute, et peut être pris à la suite ou de façon différée dans les mois suivant la naissance. Pour un consultant porté, la question pratique reste la même que pour le congé paternité standard : anticiper avec sa société de portage la déclaration et le devenir de la mission en cours, le dispositif restant récent sur le plan des pratiques de terrain.
Comment Thomas, consultant en portage, a organisé son congé paternité
Thomas a 34 ans. Consultant en cybersécurité en CDI de portage depuis deux ans, il apprend la date prévue de naissance de son deuxième enfant quatre mois à l'avance. Sa première démarche n'est pas administrative : il en parle à son client, en pleine mission de huit mois, pour caler une période de transition plutôt que de gérer l'absence dans l'urgence.
Il informe ensuite sa société de portage un mois avant la date prévue, comme l'exige la loi, en précisant qu'il souhaite fractionner sa période facultative : 10 jours immédiatement après la naissance, puis 11 jours supplémentaires deux mois plus tard, une fois la nouvelle organisation familiale stabilisée. Il vérifie enfin le solde de sa réserve financière, pour absorber sans tension le délai de plusieurs semaines avant le premier versement de la CPAM, sa société de portage ne pratiquant pas la subrogation.
Les démarches à ne pas manquer avant la naissance
Trois vérifications évitent les mauvaises surprises. Informez votre société de portage et votre client au moins un mois avant la date prévue d'accouchement, en précisant si vous comptez fractionner la période facultative. Transmettez ensuite à la CPAM les documents demandés, extrait d'acte de naissance ou de reconnaissance anticipée, dans les meilleurs délais après la naissance, faute de quoi le versement de l'indemnité journalière prend du retard.
Vérifiez enfin, comme pour tout congé indemnisé par la Sécurité sociale, si votre société de portage pratique la subrogation ou non, et l'état de votre réserve financière au moment du départ. Ce sont les mêmes réflexes que pour un arrêt maladie en portage salarial ou un congé maternité, et ils font toute la différence sur la trésorerie personnelle des premières semaines avec un nouvel enfant.
Un dernier point mérite d'être vérifié dès la signature du contrat de portage, bien avant l'arrivée d'un enfant : le taux des frais de gestion appliqué par la société de portage n'a aucune incidence sur le calcul de l'indemnité journalière, puisque celle-ci se calcule sur le salaire brut et non sur le chiffre d'affaires facturé. Deux consultants au même TJM, mais avec des taux de frais de gestion différents, touchent donc rigoureusement la même indemnité de paternité si leur salaire brut moyen est identique sur la période de référence.
Sources : ameli.fr, fiches « Paternité et accueil de l'enfant : vos indemnités journalières » et « Congé supplémentaire de naissance » (2026) ; economie.gouv.fr, fiche « Congé de paternité : comment ça fonctionne ? » ; URSSAF, plafond mensuel de la Sécurité sociale 2026 ; convention collective des salariés en portage salarial (IDCC 3219).



