Vous êtes technicien du son, de la lumière ou de l'image, vous cumulez les cachets, et une société de portage vous propose de « simplifier votre facturation ». Avant de signer, une question s'impose : le portage salarial intermittent existe-t-il vraiment, ou met-il vos droits en danger ?
Dans la grande majorité des cas, non : le portage salarial est incompatible avec le régime d'intermittent du spectacle. Une société de portage relève de la convention collective IDCC 3219, ne produit pas de spectacles et ne signe pas de CDD d'usage. Les heures ainsi réalisées risquent de ne pas ouvrir de droits aux annexes 8 et 10.
Faites d'abord le calcul de ce que vous garderiez vraiment avec le simulateur de salaire en portage VEGA, puis lisez la suite pour savoir si le montage est même autorisé dans votre cas.
Pourquoi le portage salarial intermittent pose problème
Le régime des intermittents repose sur des employeurs rattachés à des branches précises du spectacle, la production, la diffusion, l'audiovisuel. Le portage fonctionne à l'inverse : une société unique, soumise à sa propre convention collective du portage salarial, vous embauche pour facturer une prestation à un client. Deux logiques qui ne se rejoignent pas.
Trois obstacles reviennent dans les analyses juridiques que nous avons consultées. Une entreprise de portage doit exercer cette activité à titre exclusif, donc elle ne peut pas être aussi productrice ou diffuseuse de spectacles vivants (producteurs et diffuseurs doivent, eux, détenir une licence d'entrepreneur de spectacles vivants). Ensuite, le contrat : artistes et techniciens sont embauchés en CDD d'usage, alors que le CDD de portage obéit à des articles distincts du Code du travail, à partir de L1254-14. Enfin, la branche : les cotisations versées au titre d'IDCC 3219 n'entrent pas dans la liste des conventions du spectacle qui ouvrent des droits.
Les 507 heures : l'arithmétique qui fait basculer le choix
Pour être indemnisé aux annexes 8 (techniciens) et 10 (artistes), il faut justifier de 507 heures de travail sur les 12 mois précédant la fin du dernier contrat, d'après l'Unédic. Seules comptent les heures effectuées dans les métiers du spectacle.
Convertissons. Sur des journées de 7 heures, 507 heures représentent environ 73 jours travaillés. Sur des journées de 10 heures, un peu plus de 50 jours. Une mission de conseil facturée en portage, aussi bien payée soit-elle, ne rapproche pas de ce seuil si elle ne relève pas d'un contrat du spectacle. Pire, si France Travail estime que le montage ressemble à une auto-embauche, des heures peuvent être contestées.
| Situation | Heures prises en compte pour les 507 h | Risque principal |
|---|---|---|
| CDD d'usage chez un producteur ou un diffuseur | Oui | Aucun spécifique au portage |
| Mission facturée via une société de portage généraliste | À vérifier, souvent non | Heures non reconnues, droits retardés |
| Activité annexe (formation, conseil) en portage | Non, hors métiers du spectacle | Aucun sur les droits si elle reste distincte |
| Société de portage titulaire d'une licence spectacle | Selon l'organisme de contrôle | Cadre juridique plus strict depuis 2013 |
Les exceptions : sociétés spécialisées et activités hors spectacle
Le tableau ne dit pas tout. Des sociétés de portage affirment s'être régularisées en devenant prestataires de services du spectacle vivant, avec le code APE 9001Z, et proposent donc des contrats d'intermittents. D'autres, y compris de grande taille, indiquent noir sur blanc qu'elles ne le font pas. Les deux positions coexistent sur leurs sites, et aucune source officielle consultée ne tranche le sujet pour tous les cas. Si une société vous le propose, demandez par écrit sa licence, le code de la convention appliquée et la façon dont vos heures seront déclarées.
L'autre voie, la plus sûre, est de séparer les activités. Beaucoup de techniciens et d'artistes ont une seconde compétence : formation, conseil en acoustique, coaching. Cette part-là peut passer en portage, sans toucher à vos cachets déclarés par un vrai employeur du spectacle. Notre guide du portage salarial pour formateur détaille ce cas.
Et pour vous, consultant ou technicien, qu'est-ce que ça change ?
Prenons l'exemple d'un ingénieur du son intermittent qui décroche aussi des missions de conseil en équipement de studios : 12 jours à 450 €, soit 5 400 € HT dans le mois. Avec des frais de gestion de 5 %, la société de portage retient 270 € ; à 8 %, 432 €. Sur ces 12 jours, aucune heure ne vient grossir les 507 h. Le portage vous apporte une fiche de paie et des droits salariés classiques, pas une extension de votre régime.
Dans la base VEGA, 448 sociétés sont référencées. Parmi les 100 premières fiches, 29 figurent au comparateur, avec des frais de gestion affichés de 3 % à 12 %. Un écart de quatre points sur 5 400 € pèse 216 € sur le mois : de quoi justifier un vrai comparatif. Un comparatif des offres par frais et par services reste la meilleure façon de trancher.
Si vous basculez ensuite vers une mission de plusieurs mois, relisez le fonctionnement du CDD de portage salarial et les règles de cumul avec une allocation dans notre article sur le portage salarial et le chômage.
Comment vérifier avant de signer
Pour un portage salarial intermittent, trois contrôles prennent dix minutes. Demandez à la société quelle convention collective s'applique à votre contrat. Exigez la mention exacte du type de contrat (un CDD de portage doit le dire). Puis appelez votre conseiller France Travail spectacle pour savoir si les heures concernées seraient retenues. Gardez la réponse par écrit.
Pour les textes eux-mêmes, deux références officielles : la définition légale du portage à l'article L1254-1 et la page de l'Unédic sur l'indemnisation des intermittents.
Votre profil mélange cachets et missions de conseil, et vous hésitez encore sur le portage salarial intermittent ? Ouvrez le comparateur de sociétés de portage VEGA, filtrez par frais, et gardez vos cachets chez un employeur du spectacle. Le reste de l'offre VEGA se trouve sur l'accueil du site.



