Une mission à Londres, Manchester ou Édimbourg tente beaucoup de consultants français, et la question revient toujours au même endroit : le portage salarial en Angleterre est-il encore possible depuis le Brexit ? Oui, mais le cadre n'a plus rien à voir avec celui d'avant 2021. Les règles de sécurité sociale ont été réécrites, l'entrée sur le territoire demande de nouvelles formalités, et travailler pour un client britannique impose le plus souvent un visa que la société de portage ne peut pas obtenir à votre place.
Le portage salarial en Angleterre reste possible : la société de portage peut détacher le salarié au Royaume-Uni 24 mois au plus, en conservant la sécurité sociale française. Le point bloquant n'est pas le contrat, c'est le droit de travailler sur place, qui passe souvent par un visa avec sponsor.
Portage salarial en Angleterre : ce que le Brexit a changé
Avant 2021, un consultant porté qui partait à Londres relevait du règlement européen 883/2004, avec le formulaire A1 et la libre circulation comme toile de fond. Le Royaume-Uni a quitté ce cadre, et c'est désormais l'accord de commerce et de coopération entre l'Union européenne et le Royaume-Uni qui régit la mobilité des travailleurs. Concrètement, trois sujets se séparent. La sécurité sociale reste coordonnée, mais avec un détachement plafonné. L'immigration redevient une affaire de visa ou d'autorisation d'entrée. La fiscalité, elle, n'a jamais dépendu de l'Union : elle suit la convention franco-britannique signée à Londres en 2008. Votre contrat de travail avec la société de portage ne change pas d'un iota. Ce qui change, c'est tout ce qui l'entoure, et c'est là que les mauvaises surprises se logent. Notre guide du portage salarial international pose le cadre général, celui-ci se concentre sur le cas britannique.
Depuis 2021, le Royaume-Uni n'est plus couvert par la libre circulation européenne. Sécurité sociale, entrée sur le territoire et impôt obéissent à trois textes distincts, qu'il faut vérifier séparément.
Détachement de 24 mois : ce que garantit la sécurité sociale française
Pour une mission débutée en 2021 ou après, le Cleiss indique que le détachement vers le Royaume-Uni est limité à 24 mois, sans prolongation ni dérogation exceptionnelle possible. Deux conditions doivent être réunies : la durée prévue ne dépasse pas 24 mois, et le salarié n'est pas envoyé en remplacement d'un autre travailleur. La société de portage, qui reste votre employeur, demande alors le formulaire A1 auprès du service mobilité internationale de l'Urssaf. Vous en gardez un exemplaire pendant toute la mission : il atteste que les cotisations restent payées en France. Vos droits suivent la législation française. Les indemnités journalières sont versées en cas d'arrêt, l'accident du travail se déclare à la CPAM, et les soins sur place passent par la CEAM ou le formulaire S1 selon votre situation. Si les conditions ne sont pas remplies, vous êtes affilié au régime britannique et les cotisations locales deviennent dues.
Le détachement vers le Royaume-Uni plafonne à 24 mois, sans rallonge possible, contrairement à l'ancien régime européen. Passé ce délai, la couverture française s'arrête : la durée de la mission se cadre donc dès la signature.
Visa et ETA : le vrai point de blocage
Voici ce que les brochures commerciales passent volontiers sous silence. Un Français n'a pas besoin de visa pour entrer au Royaume-Uni, mais il lui faut en règle générale une autorisation électronique de voyage, l'ETA, facturée £20 sur le site du gouvernement britannique et valable pour des séjours jusqu'à 6 mois. Cette autorisation ne donne aucun droit de travailler. Le statut de visiteur couvre des réunions, des négociations de contrats ou des visites de site, à condition de ne pas être payé par une organisation ou un client britannique. Dès que vous réalisez une prestation pour un client sur place, il faut un visa de travail. Pour un prestataire de services, le Service Supplier visa exige un certificat de sponsor délivré par le client britannique, douze mois d'expérience au moins, et un contrat couvert par un accord commercial international.
| Situation | Ce qui est possible | Condition clé |
|---|---|---|
| Visiteur avec ETA | Réunions, négociations, visites de site | Aucune rémunération par un client britannique, séjour jusqu'à 6 mois |
| Service Supplier visa | Prestation de services pour une entreprise britannique | Certificat de sponsor, 12 mois d'expérience, contrat couvert par un accord commercial |
| Ni visa ni statut adapté | Aucun travail pour un client britannique | Tout travail sur place demande un visa |
L'ETA ouvre la porte du pays, pas celle du marché du travail. Pour travailler chez un client britannique, comptez sur un visa avec sponsor, et vérifiez très tôt que le client est prêt à jouer ce rôle.
Fiscalité : la règle des 183 jours et l'employeur non résident
La convention fiscale entre la France et le Royaume-Uni a été signée à Londres le 19 juin 2008. Son article 15 prévoit qu'un salarié résident de France qui travaille au Royaume-Uni n'y est pas imposé quand trois conditions se cumulent : il séjourne sur place 183 jours au plus sur toute période de douze mois consécutifs, son employeur n'est pas résident du Royaume-Uni, et la rémunération n'est pas supportée par un établissement stable britannique de l'employeur. Dans un schéma de portage, l'employeur est la société de portage française, ce qui plaide plutôt pour une imposition en France. Mais la notion d'employeur se discute quand le client britannique dirige votre travail au quotidien, et le risque d'établissement stable ne se règle pas avec une simple clause contractuelle. Un conseil fiscal doit valider votre cas avant le départ. Pour la mécanique générale côté français, voyez notre guide sur la fiscalité du portage salarial.
Trois conditions cumulatives décident de l'impôt : 183 jours, un employeur non résident, aucune charge portée par un établissement stable. Si une seule saute, le Royaume-Uni peut imposer vos revenus.
Un cas concret : une consultante à Londres pour quatorze mois
Prenons Camille, consultante en transformation digitale (cas fictif), qui négocie une mission de quatorze mois pour une banque installée à Londres. Premier réflexe : demander à la société de portage si elle a déjà détaché des salariés au Royaume-Uni depuis le Brexit, et dans quel délai elle a obtenu les documents. Deuxième étape : savoir si la banque accepte de sponsoriser un visa. Sans certificat de sponsor, le Service Supplier visa n'est pas accessible, donc pas de travail sur place. Si la banque accepte, quatorze mois restent sous le plafond de 24 mois : la société de portage demande l'A1 à l'Urssaf, Camille garde une copie, et ses cotisations continuent de se payer en France. Reste le décompte des jours passés sur place, à suivre mois par mois pour ne pas franchir 183 jours sur douze mois consécutifs.
Une mission britannique se joue sur trois fronts à la fois : le sponsor, l'A1 et le décompte des jours. Si l'un des trois manque, le montage complet s'effondre.
Télétravail depuis la France : l'option qui évite le visa
Il existe une alternative que beaucoup oublient : rester en France et travailler à distance pour le client britannique. Le contrôle d'immigration britannique vise le travail réalisé sur le territoire du Royaume-Uni, pas la facturation d'un client situé là-bas. Dans ce schéma, il n'y a ni détachement ni A1, puisque vous ne quittez pas la France. Votre contrat de portage fonctionne comme pour n'importe quelle mission française, avec les mêmes frais, les mêmes cotisations et un TJM à calculer selon la méthode habituelle. Les déplacements ponctuels à Londres pour des réunions entrent dans le statut de visiteur, à condition de rester dans les activités autorisées. Pour un consultant qui veut un client britannique sans déménager, c'est souvent la voie la plus simple, à condition que le client accepte de contracter avec une société de portage française.
Travailler depuis la France pour un client britannique évite le visa et le détachement. Il suffit que les déplacements sur place restent dans le cadre du statut de visiteur.
Portage ou Employer of Record : deux montages à ne pas confondre
Certains clients britanniques proposent un autre montage, l'Employer of Record, où une structure embauche localement le consultant sous contrat de droit britannique. Le portage garde un contrat de travail français et la sécurité sociale française ; l'Employer of Record bascule vers les règles du pays d'accueil. Le choix a des conséquences sur votre protection sociale, votre retraite et votre fiscalité, et il se prend avant de signer. Notre article sur Deel et le portage salarial détaille cette différence. Pour une mission de moins de 24 mois, le portage salarial au Royaume-Uni conserve un avantage net : vous restez dans un système que vous connaissez, avec un employeur français et un bulletin de paie français. Demandez aussi qui paie les cotisations patronales et dans quel pays, car l'écart de coût entre les deux montages peut absorber l'avantage d'un TJM plus élevé.
Le portage garde le contrat et la protection sociale français, l'Employer of Record les remplace par ceux du pays d'accueil. Ce choix se fait avant la signature, jamais après.
Les vérifications à faire avant de signer
Posez vos questions par écrit, à chaque interlocuteur. À la société de portage : a-t-elle obtenu un A1 pour le Royaume-Uni depuis 2021, et en combien de temps ? Au client : accepte-t-il de sponsoriser votre visa, ou réserve-t-il la mission à des profils déjà autorisés à travailler ? À votre expert-comptable : quel impact aura le décompte des jours sur votre imposition ?
Comparez ensuite avec le contrat de portage salarial que vous avez en main, pour vérifier la clause de mobilité et la prise en charge des frais de déplacement. Si les réponses manquent ou restent floues, renoncez à la mission sur place et proposez le télétravail depuis la France. Mieux vaut perdre une semaine en vérifications que six mois en régularisation.



