UX designer, UI designer, graphiste ou product designer : de plus en plus de créatifs choisissent le portage salarial pour facturer leurs missions sans monter de structure. Le mécanisme ne diffère pas de celui appliqué aux autres métiers du numérique, mais un point change tout pour un designer, et presque personne n'en parle : que devient la propriété de vos créations une fois cédées à un client ?
Le portage salarial permet à un designer indépendant de facturer ses missions en gardant le statut de salarié et une couverture sociale complète. En 2026, le TJM moyen se situe entre 350 et 650 euros selon l'expérience, et la cession des droits d'auteur reste à négocier séparément du contrat de mission.
Designer, UX designer, graphiste : qui peut se porter salarié
Le terme « designer » recouvre des réalités très différentes. Un UX designer conçoit des parcours utilisateurs et teste des interfaces. Un UI designer travaille l'habillage visuel d'une application. Un graphiste ou un product designer produit des livrables plus larges : identité visuelle, packaging, design system complet. Le portage salarial s'adresse à ces trois profils dès lors que la mission est facturée à une entreprise cliente, en B2B.
Ce qui compte pour la société de portage, c'est la nature du client. Une mission pour une entreprise, une agence ou une collectivité entre dans le cadre légal du portage. Une prestation pour un particulier n'y entre pas : le Code du travail réserve ce statut aux prestations intellectuelles rendues à des professionnels.
Contrairement à un consultant en stratégie ou en gestion de projet, un designer livre un objet tangible, protégé par le droit d'auteur dès sa création, sans dépôt ni formalité. C'est cette spécificité qui distingue vraiment son parcours en portage salarial de celui d'un profil purement conseil.
Un designer freelance qui facture ses créations à des entreprises, sans lien de subordination et sans dépôt de structure, peut donc opter pour le portage salarial dès sa première mission. La société de portage transforme chaque facture en salaire, prélève ses frais de gestion, et reverse les cotisations sociales à l'URSSAF comme pour n'importe quel salarié classique. Ce mécanisme couvre aussi bien un designer freelance débutant qu'un profil senior qui alterne missions longues et interventions ponctuelles.
Le marché a aussi changé de nature ces dernières années. Les entreprises recherchent de plus en plus des designers capables de relier création, usage et performance, avec une attention croissante portée à l'accessibilité numérique (RGAA) et au design system industrialisé. Ces spécialités, plus rares, tirent les TJM vers le haut et rendent le portage salarial d'autant plus pertinent : elles justifient des missions plus longues, où la sécurité du statut salarié pèse davantage face au risque d'un trou d'activité.
Quel TJM pratiquer comme designer en portage salarial en 2026
Le taux journalier moyen d'un designer varie fortement selon la spécialité et l'ancienneté. Un UX/UI designer junior (moins de deux ans d'expérience) facture généralement entre 300 et 400 euros par jour. Un profil confirmé, avec un portfolio solide et des références clients reconnues, dépasse souvent 500 euros, et certains spécialistes du design system ou de l'accessibilité numérique atteignent 650 euros.
| Profil | TJM moyen 2026 | Missions typiques |
|---|---|---|
| UX/UI designer junior | 300 à 400 € | Wireframes, tests utilisateurs simples |
| UX/UI designer confirmé | 400 à 550 € | Parcours complets, design system |
| Product designer senior | 550 à 650 € | Stratégie produit, accessibilité |
| Graphiste / directeur artistique | 350 à 550 € | Identité visuelle, packaging |
Prenez Inès, UX designer indépendante depuis trois ans. Elle facturait 380 euros par jour en freelance pur, sans compter le temps passé sur ses devis et sa comptabilité. En portage, avec 8 % de frais de gestion, elle a dû ajuster son TJM à 410 euros pour conserver le même revenu net, tout en gagnant une mutuelle obligatoire, des trimestres de retraite et l'accès au chômage entre deux missions.
Le TJM d'un designer en portage salarial doit intégrer les frais de gestion (3 à 12 % du chiffre d'affaires selon la société) et les charges patronales (environ 45 % du salaire brut), qui n'existent pas en auto-entrepreneur. À TJM affiché égal, un designer porté touche donc un revenu net inférieur à un freelance en EI, compensé par la protection sociale complète (source : barèmes de conversion CA vers salaire net, cohérents avec les grilles publiées par les principales sociétés de portage françaises).
Le vrai sujet qu'on oublie : que deviennent vos droits d'auteur
C'est le point que la plupart des guides sur le portage salarial passent sous silence. Une création de designer, maquette, logo, interface, design system, est protégée par le droit d'auteur dès sa réalisation, sans besoin de dépôt. Facturer une mission via une société de portage ne transfère jamais automatiquement ces droits au client.
L'article L131-3 du Code de la propriété intellectuelle impose un formalisme strict : chaque droit cédé (reproduction, représentation, adaptation) doit faire l'objet d'une mention distincte dans le contrat, avec une étendue précisée en termes de destination, de lieu et de durée d'exploitation. Sans cette clause explicite, le client n'acquiert qu'un droit d'usage limité à ce qui était strictement nécessaire à la mission, pas une propriété pleine et entière (source : article L131-3, Code de la propriété intellectuelle, Légifrance).
Concrètement, cela veut dire que le contrat commercial signé entre votre société de portage et le client final doit prévoir une clause de cession de droits, rédigée avec la même rigueur qu'un contrat freelance classique. La société de portage ne rédige pas cette clause à votre place : c'est à vous de la négocier, ou de la faire relire, avant le début de la mission. Un designer qui néglige ce point peut se retrouver dans une situation ambiguë si le client réutilise ses créations pour un usage non prévu au départ, une déclinaison de logo sur un nouveau support par exemple.
Notre guide sur le portage salarial pour photographe détaille un mécanisme de cession similaire, propre aux métiers créatifs : les principes de négociation (cession totale ou limitée, rémunération proportionnelle en cas de forte réutilisation) s'appliquent presque à l'identique à un designer.
Portage salarial, SASU ou auto-entrepreneur : quel statut pour un designer
Le portage n'est pas le seul statut disponible pour un designer indépendant. L'auto-entrepreneur séduit par sa simplicité, mais plafonne le chiffre d'affaires et n'ouvre aucun droit au chômage. La SASU offre plus de souplesse fiscale à partir d'un certain niveau de revenu, au prix d'une gestion administrative que la plupart des designers préfèrent éviter en début d'activité.
Le portage salarial se distingue par l'absence de structure à créer et par le maintien des droits sociaux : retraite, chômage, mutuelle, prévoyance. C'est souvent le point d'entrée choisi par un designer qui teste son activité indépendante avant d'envisager, plus tard, une SASU si son volume d'affaires le justifie. Notre comparatif portage salarial ou SASU détaille les seuils de rentabilité à partir desquels la SASU devient plus avantageuse, sur les charges sociales comme sur la gestion administrative.
Le minimum garanti CCN IDCC 3219 pour un designer porté
Comme tout salarié porté, un designer est couvert par un plancher de rémunération fixé par la Convention Collective Nationale du portage salarial (IDCC 3219). Ce minimum ne dépend pas de la spécialité mais du niveau d'expérience déclaré à l'entrée dans le statut : Premier niveau, Junior, Senior ou Expert.
En 2026, ce plancher va d'environ 2 290 euros brut mensuel pour un premier niveau à environ 3 090 euros brut pour un expert, calculé sur une base figée depuis 2017 et non sur le PMSS courant (48 060 euros annuels en 2026, soit 4 005 euros par mois). Notre article sur le salaire minimum en portage salarial détaille la méthode de calcul complète, souvent mal comprise, et les TJM planchers correspondants par nombre de jours travaillés.
Un designer confirmé qui facture 400 euros ou plus par jour dépasse très largement ce plancher. Le minimum garanti joue surtout un rôle protecteur lors des mois creux, quand l'activité ralentit et que la réserve financière constituée chaque mois vient compléter le salaire jusqu'à ce seuil.
Se lancer en portage salarial designer : les étapes concrètes
Avant de signer avec une société de portage, un designer doit vérifier plusieurs points spécifiques à son métier. D'abord, la clause de cession de droits d'auteur dans le contrat commercial : certaines sociétés proposent un modèle type, d'autres laissent le consultant s'en charger entièrement. Ensuite, la couverture RC Professionnelle, utile en cas de litige sur une création jugée trop proche d'une œuvre existante.
Comparez aussi les frais de gestion, qui varient de 3 à 12 % du chiffre d'affaires selon les sociétés : sur un CA mensuel de 8 000 euros, l'écart entre les deux extrêmes représente plusieurs centaines d'euros nets chaque mois. Pour visualiser l'impact exact sur votre virement, notre article sur le salaire net en portage salarial propose une méthode de calcul détaillée avec plusieurs simulations chiffrées.
Une fois le contrat de travail signé et la première mission négociée, la mécanique devient simple : vous facturez votre client via la société de portage, elle encaisse, prélève ses frais et vos charges, puis vous verse un salaire mensuel. Le reste, cotisations, bulletin de paie, attestations, relève de sa responsabilité. Et pour un designer qui a longtemps géré seul devis, relances et paperasse, ce transfert de charge administrative pèse souvent plus lourd dans la décision que le TJM lui-même.
Reste un dernier point à négocier avant de signer une mission : l'exclusivité. Un client qui commande un design system complet demandera parfois une exclusivité sectorielle temporaire, le temps que le livrable irrigue toute son activité. Rien n'oblige un designer porté à l'accepter sans contrepartie financière, cette clause se négocie comme le reste, au même titre que la cession des droits ou le délai de paiement des factures intermédiaires sur les missions longues.



