Karim a 41 ans. Douze ans de carrière commerciale B2B dans l'édition de logiciels, dont les quatre dernières comme key account manager sur les grands comptes bancaires. Après une rupture conventionnelle, il veut continuer à vendre, mais pour plusieurs entreprises à la fois plutôt que pour un seul employeur. Sa première recherche sur le sujet le renvoie vers deux résultats qui se ressemblent mais n'ont presque rien en commun : le portage salarial, et le portage commercial.
Le portage salarial commercial permet à un business developer, un consultant commercial ou un ancien VRP de facturer ses missions en gardant le statut de salarié, cotisations chômage et retraite incluses. Il ne doit pas être confondu avec le portage commercial, un statut d'agent commercial mandataire, sans convention collective ni couverture sociale équivalente. La nuance change tout sur le plan de la protection, et ce guide détaille les deux.
Pourquoi les profils commerciaux se tournent vers le portage salarial
Le commercial est, avec l'informatique et le conseil, l'un des profils les plus représentés dans le portage salarial. La raison tient à la nature même du métier : un bon commercial peut générer un chiffre d'affaires largement supérieur à ce que lui reverse un employeur classique, qui prélève sa marge pour financer la prospection, le recrutement et les périodes creuses.
En portage, cette logique s'inverse. Le consultant négocie lui-même son TJM (taux journalier moyen) directement avec ses clients, et ne reverse à la société de portage que des frais de gestion, généralement entre 5 et 12 % du chiffre d'affaires HT. Le reste, une fois les cotisations sociales déduites, lui revient. Sur des missions de développement commercial B2B, où les TJM grimpent vite avec l'expérience, cet écart de reversement pèse lourd sur le revenu net mensuel.
Deux profils reviennent le plus souvent dans les dossiers d'entrée en portage salarial commercial : le business developer qui multiplie les missions de prospection pour plusieurs PME en parallèle, et l'ancien cadre commercial en transition, qui vient de quitter un CDI et veut tester l'indépendance sans renoncer à sa couverture sociale. Notre article sur la définition et le fonctionnement du portage salarial pose les bases du dispositif pour qui découvre le sujet.
Portage salarial commercial ou portage commercial : ne pas confondre
C'est la question qui revient le plus souvent, et la confusion terminologique a un coût réel pour qui ne la lève pas avant de signer. Les deux termes se ressemblent, mais renvoient à des réalités juridiques opposées.
Le portage salarial est un dispositif encadré par le Code du travail depuis l'ordonnance du 2 avril 2015 (articles L1254-1 et suivants). Il repose sur une relation tripartite : le consultant, la société de portage qui l'emploie, et l'entreprise cliente. Le consultant signe un contrat de travail, CDD ou CDI, et cotise au régime général de la Sécurité sociale, exactement comme n'importe quel salarié.
Le portage commercial, lui, désigne un modèle bien plus flou : un travailleur agit comme intermédiaire ou apporteur d'affaires, souvent sous statut d'agent commercial mandataire, sans contrat de travail ni employeur. Il doit s'inscrire au registre spécial des agents commerciaux (RSAC) auprès du tribunal de commerce, perçoit des commissions, et cotise au régime des travailleurs non-salariés (TNS). Aucune convention collective ne l'encadre, et surtout, il n'ouvre aucun droit à l'assurance chômage.
| Critère | Portage salarial | Portage commercial (agent, mandataire) |
|---|---|---|
| Statut | Salarié (CDD ou CDI) | Travailleur non-salarié (TNS) |
| Cadre légal | Code du travail, art. L1254-1 et s. | Code de commerce (mandat) |
| Immatriculation | Aucune, gérée par la société de portage | Registre spécial des agents commerciaux (RSAC) |
| Chômage | Oui, cotisations France Travail | Non |
| Retraite complémentaire | Oui, AGIRC-ARRCO | Selon régime TNS, souvent moindre |
| Responsabilité contractuelle | Portée par la société de portage | Portée personnellement par l'agent |
Un ancien VRP peut tout à fait exercer en portage salarial, à une condition : son activité doit relever de la prestation intellectuelle ou du conseil commercial, et non de la simple vente de produits à la commission pure, seule hypothèse couverte par le portage. L'article L1254-2 du Code du travail impose au salarié porté de justifier d'une expertise, d'une qualification et d'une autonomie suffisantes pour trouver lui-même ses clients et négocier les conditions de sa prestation. C'est cette autonomie commerciale, paradoxalement, qui ouvre droit à la protection du salariat.
TJM et rémunération : combien facture un commercial porté
Le TJM d'un profil commercial varie fortement selon l'expérience, le secteur et le type de mission, bien plus que dans des métiers où les grilles sont plus standardisées.
| Profil | TJM indicatif 2026 |
|---|---|
| Business developer junior | 300 à 400 € |
| Commercial confirmé (5-8 ans) | 450 à 600 € |
| Senior B2B, key account manager | 600 à 900 € |
| Ex-directeur commercial, management de transition | 900 à 1 500 € |
Ces fourchettes restent indicatives : elles dépendent fortement du secteur (le SaaS et la cybersécurité tirent les TJM vers le haut, la distribution classique reste plus modeste) et du type de mandat, prospection pure ou pilotage complet d'un cycle de vente.
Le calcul du salaire net suit la même mécanique que pour les autres profils en portage. Sur un chiffre d'affaires facturé, la société de portage prélève ses frais de gestion, puis applique les cotisations sociales salariales et patronales sur le salaire brut restant.
| TJM | Jours facturés | CA HT mensuel | Salaire net estimé |
|---|---|---|---|
| 400 € | 15 | 6 000 € | ~2 900 € |
| 550 € | 15 | 8 250 € | ~4 000 € |
| 800 € | 14 | 11 200 € | ~5 400 € |
Le net représente environ 45 à 50 % du chiffre d'affaires HT une fois les frais de gestion et les charges sociales déduits. Notre article sur le salaire net en portage salarial détaille la chaîne de calcul complète, et celui sur les frais de gestion explique comment comparer les taux affichés d'une société à l'autre sans se faire piéger par les frais annexes.
Et un point que peu de commerciaux anticipent avant de signer : contrairement à un salaire fixe, le revenu en portage suit directement le rythme des missions décrochées. Un mois sans nouveau contrat signé, c'est un mois sans chiffre d'affaires facturé, donc sans salaire, sauf réserve financière constituée en amont.
Le minimum garanti CCN, quel que soit le métier
La convention collective nationale du portage salarial (CCN IDCC 3219) s'applique à tous les métiers exercés en portage, y compris commercial. L'avenant n°12, étendu au Journal Officiel du 10 juillet 2024, fixe le minimum conventionnel sur le plafond horaire de la Sécurité sociale figé en 2017, soit 24 € par heure, et non sur le PMSS de l'année en cours.
| Niveau | Taux horaire | Salaire brut mensuel minimum |
|---|---|---|
| Premier niveau | 16,64 €/h | ~2 290 € |
| Junior | 18,48 €/h | ~2 545 € |
| Senior | 19,80 €/h | ~2 730 € |
| Expert | 22,44 €/h | ~3 090 € |
Pour un commercial junior qui démarre tout juste et facture peu de jours certains mois, ce plancher offre une sécurité que ne connaît ni l'agent commercial mandataire, ni le freelance en micro-entreprise. Notre article sur le salaire minimum en portage salarial détaille l'ensemble des barèmes 2026 et la méthode de calcul.
Ce statut de salarié ouvre aussi, en cas de fin de mission ou de rupture du contrat, des droits à l'assurance chômage, un avantage que n'offre aucun statut d'agent commercial ou de mandataire. Notre guide sur le portage salarial et le chômage détaille les conditions d'ouverture des droits et la règle des 70 % en cas de cumul avec une nouvelle mission.
Se lancer : ce que vérifie une société de portage
Avant d'accepter un profil commercial, une société de portage sérieuse vérifie plusieurs points. D'abord, la nature réelle de l'activité : conseil commercial, développement de portefeuille clients ou accompagnement à la vente B2B passent sans difficulté, tandis qu'une activité de vente directe de produits physiques à la commission relève plutôt du statut d'agent commercial.
Ensuite, l'autonomie du consultant : capacité démontrée à prospecter et à décrocher des missions sans intermédiation de la société de portage. C'est un point sur lequel les jeunes profils commerciaux, encore dépendants du réseau de leur ancien employeur, butent parfois lors des premiers mois.
Enfin, la solidité du client identifié. Une première mission déjà négociée, même informellement, rassure la société de portage sur la viabilité du dossier, bien plus qu'un simple projet de prospection à froid.
Karim, lui, avait gardé le contact avec trois anciens clients grands comptes intéressés par un accompagnement ponctuel sur leur stratégie commerciale. Il a signé un CDI de portage, facturé sa première mission à 650 € par jour sur douze jours le premier mois, et perçu un salaire net d'environ 3 800 €, cotisations retraite et droits chômage inclus. De quoi tester l'indépendance sans couper le filet.
Sources : Code du travail, articles L1254-1 et suivants (ordonnance du 2 avril 2015) ; convention collective nationale du portage salarial (IDCC 3219), avenant n°12 étendu au Journal Officiel du 10 juillet 2024 ; Code de commerce, statut d'agent commercial mandataire (art. L134-1 et suivants) ; PEPS (peps-portage.fr). Barèmes et TJM à jour au premier semestre 2026.



