La question surgit toujours au même moment. Votre client accepte votre TJM, la mission démarre, et la première fiche de paie vous laisse songeur : l'écart entre le chiffre d'affaires facturé et le virement reçu peut surprendre si personne ne vous a détaillé les étapes intermédiaires.
Ce décalage n'a rien d'arbitraire. La chaîne de calcul comporte quatre postes de déduction successifs, chacun avec un taux prévisible. Comprendre cette mécanique vous permet d'anticiper votre revenu net avant de signer un contrat, et de comparer les offres de sociétés de portage en connaissance de cause.
Et pour les impatients : la règle du « 50 % du CA » que l'on entend souvent est approximativement juste avec des frais de gestion à 8 %, mais elle cache des nuances qui valent quelques minutes d'attention.
En portage salarial, le salaire net représente généralement entre 47 et 55 % du chiffre d'affaires hors taxes mensuel. Pour un TJM de 500 euros sur 18 jours travaillés (soit 9 000 euros de CA), comptez entre 4 200 et 4 600 euros nets selon les frais de gestion appliqués par votre société de portage et l'utilisation ou non de frais professionnels.
Les quatre postes qui déterminent votre salaire net
La chaîne de transformation d'un TJM en salaire net est linéaire. Pas de ligne cachée, pas de mystère comptable : chaque retenue a un nom et un taux connu à l'avance.
Les frais de gestion constituent le premier poste. Ils couvrent la gestion administrative et la paie, la facturation client, les déclarations sociales, l'assurance responsabilité civile professionnelle et, selon les offres, la prévoyance ou la mutuelle. La fourchette habituelle en France va de 7 à 10 % du CA HT, parfois 12 % pour les structures proposant des services étendus. C'est le seul levier que vous pouvez actionner directement lors du choix de votre prestataire. Notre guide sur les frais de gestion en portage salarial détaille les pratiques tarifaires de chaque modèle.
Deuxième poste : les cotisations patronales, aussi appelées charges employeur. Elles financent votre retraite de base (CNAV), votre retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO), votre assurance maladie et votre assurance chômage. En portage salarial, elles représentent généralement entre 40 et 45 % du salaire brut, selon les tranches du Plafond Annuel de la Sécurité Sociale et les accords spécifiques à la convention collective de branche (IDCC 3219). C'est le poste le plus lourd en apparence. C'est aussi celui qui construit vos droits futurs.
Troisième poste : les cotisations salariales, soit environ 22 à 23 % du salaire brut. Après leur déduction, on obtient le salaire net avant prélèvement à la source.
Quatrième poste, en CDI de portage uniquement : la réserve financière. Votre société peut constituer entre 5 et 10 % de votre rémunération brute sur un compte salarial dédié, pour couvrir les périodes sans mission. Cette réserve vous appartient intégralement. Ce n'est pas une perte de revenu, c'est une épargne forcée restituée lors de la rupture du contrat ou d'un intercontrat. (En CDD de portage, ce mécanisme n'existe pas, ce qui explique en partie pourquoi certains consultants préfèrent le CDD pour les missions courtes.)
Selon les dispositions de la convention collective nationale du portage salarial (IDCC 3219) et les pratiques sectorielles observées, ces quatre postes absorbent généralement entre 45 et 53 % du CA HT mensuel, laissant de 47 à 55 % en salaire net effectivement versé.
Simulations pour quatre niveaux de TJM courants
Le tableau ci-dessous illustre la mécanique de calcul sur quatre profils, avec 18 jours travaillés par mois et des frais de gestion à 8 %. Les taux de charges appliqués sont des moyennes indicatives. La simulation exacte varie selon votre société de portage, vos frais professionnels et vos tranches de cotisations.
| TJM | CA HT mensuel | Frais gestion (8 %) | Salaire brut (approx.) | Salaire net (approx.) | Ratio net/CA |
|---|---|---|---|---|---|
| 350 €/j | 6 300 € | 504 € | 4 084 € | 3 186 € | 50,6 % |
| 500 €/j | 9 000 € | 720 € | 5 831 € | 4 548 € | 50,5 % |
| 700 €/j | 12 600 € | 1 008 € | 8 164 € | 6 368 € | 50,5 % |
| 900 €/j | 16 200 € | 1 296 € | 10 497 € | 8 188 € | 50,5 % |
Pour reconstruire le calcul depuis votre TJM : prenez votre CA HT mensuel, soustrayez les frais de gestion (8 % dans l'exemple), vous obtenez la base de rémunération. Divisez ensuite par 1,42 pour approcher le salaire brut (taux de charges patronales de 42 %). Multipliez enfin par 0,78 pour obtenir le net approximatif (22 % de charges salariales). Cette formule simplifiée est utile pour comparer rapidement plusieurs offres de portage.
Prenons l'exemple de Karim, consultant en data engineering, TJM de 700 euros, 18 jours facturés par mois depuis Lyon. Sa société de portage applique 8 % de frais de gestion. Son salaire brut s'établit autour de 8 164 euros, son net à environ 6 368 euros. Sur ce mois, il a refacturé 450 euros de frais de déplacement réels à son client : son net monte à environ 6 700 euros, soit un ratio net/CA qui dépasse 51 %.
La proportion net/CA reste quasi constante parce que les taux de charges sont proportionnels au brut. Ce qui la fait varier, c'est d'abord le taux de frais de gestion. Passer de 10 à 8 % sur un CA mensuel de 9 000 euros représente 180 euros de plus par mois, soit 2 160 euros sur un an. Les frais professionnels en portage salarial constituent un second levier : déplacements, hébergement, matériel refacturés réduisent la base de cotisations et améliorent concrètement le ratio net/CA.
Les jours travaillés jouent également. Le tableau est basé sur 18 jours, rythme courant hors congés. Travailler 20 jours au lieu de 18 à un TJM de 500 euros ajoute 1 000 euros de CA, soit environ 505 euros nets supplémentaires. Inversement, un mois à 15 jours ramène le CA à 7 500 euros et le net autour de 3 790 euros. L'irrégularité des missions se ressent directement sur le virement, sauf si votre société de portage constitue une réserve financière pour lisser les creux.
Le plancher que votre brut ne peut pas franchir
La convention collective nationale du portage salarial (IDCC 3219) fixe un salaire brut minimum garanti, indépendamment de votre CA mensuel. Ce plancher s'échelonne de 2 290 à 3 090 euros brut par mois selon le niveau du consultant, pour une activité à temps plein.
En pratique, ce minimum ne contraint que les mois peu chargés ou les TJMs faibles. Pour un TJM de 350 euros sur 18 jours, le brut calculé (autour de 4 084 euros) dépasse largement les planchers conventionnels. Mais une mission courte, un TJM de 200 euros ou un mois à 8 jours peuvent passer sous le minimum : votre société de portage est alors légalement tenue de compléter jusqu'au plancher garanti, ce qui améliore mécaniquement votre net mensuel.
Notre article sur le salaire minimum en portage salarial détaille les barèmes 2026 par niveau et le TJM plancher correspondant à chaque profil.
Portage et freelance classique : le net n'est pas comparable à la louche
La question revient souvent dans les comparatifs. Un micro-entrepreneur en prestations de services paie environ 22 % de cotisations sur son CA. Son « net » apparent semble donc bien supérieur aux 50 % du portage.
Mais c'est un faux ami.
Ce net du micro-entrepreneur est brut d'impôt et sans protection équivalente : pas de retraite complémentaire à taux cadre, pas d'assurance chômage, pas de prévoyance invalidité portée par un employeur. À partir d'un certain seuil de revenus annuels, le régime micro n'est plus viable et la bascule vers une SASU ou une EI au réel ramène les prélèvements à des niveaux proches du portage salarial.
Concrètement, une consultante comme Sophie, 42 ans, TJM de 500 euros en marketing digital, choisit le portage salarial plutôt que la micro-entreprise. Elle paie des cotisations plus élevées sur le papier. Mais si sa mission s'arrête dans six mois, elle ouvre des droits à l'ARE calculée sur son salaire brut. Un micro-entrepreneur dans la même situation ne cotise pas à l'assurance chômage et assumera seul cette période sans revenu. Sur une carrière avec deux ou trois interruptions, le delta peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros de protection effective.
Un dernier point sur la fiscalité : le salaire net que vous recevez est net de cotisations sociales, mais pas net d'impôt sur le revenu. Le prélèvement à la source s'applique directement sur votre salaire, comme pour tout salarié. Le montant qui arrive sur votre compte bancaire représente donc entre 10 et 30 % de moins que le salaire net affiché sur votre bulletin, selon votre taux personnalisé.
Notre comparatif portage salarial ou freelance met les deux structures côte à côte avec les implications sociales et fiscales pour plusieurs niveaux de TJM.
Pour simuler votre situation personnelle avec vos paramètres exacts (TJM, jours travaillés, taux de frais de gestion, frais professionnels estimés), le simulateur VEGA Portage effectue le calcul en quelques secondes.



