La retraite, c'est rarement la première question que l'on se pose quand on démarre en portage salarial. Pourtant, c'est souvent celle qui coûte le plus cher à ignorer. Travailler dix ans en auto-entrepreneur pour réaliser ensuite que vous avez cotisé au minimum légal, sans retraite complémentaire, c'est un scénario fréquent chez les consultants qui arrivent à la soixantaine avec une pension décevante.
Le portage salarial change la donne sur ce point, et c'est l'un de ses aspects les moins mis en avant. La question se pose différemment selon votre situation : êtes-vous actif et souhaitez savoir combien vous cotisez à la retraite ? Ou bien êtes-vous déjà retraité et envisagez le portage pour compléter vos revenus ? Les deux cas méritent un éclairage distinct.
En portage salarial, vous cotisez au régime général de la Sécurité sociale (CNAV) et à la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, exactement comme un salarié classique. Un trimestre est validé tous les 1 782 € bruts cotisés (base SMIC 2025). Les retraités peuvent exercer en portage sous le régime du cumul emploi-retraite, sans plafond de revenus sous certaines conditions.
Quelles cotisations retraite en portage salarial ?
Quand vous travaillez en portage salarial, la société de portage vous emploie en tant que salarié. Vos cotisations sociales sont calculées et versées exactement comme pour un cadre en CDI classique. Pas de régime spécifique : vous relevez du régime général, point.
Deux types de cotisations alimentent vos droits futurs. La retraite de base d'abord : calculée sur votre salaire brut au régime général (CNAV), dans la limite du PASS (plafond annuel de la Sécurité sociale, 46 368 € en 2025). Les taux applicables sont de 6,90 % à la charge du salarié et 8,55 % à la charge de la société de portage sur la tranche inférieure au PASS.
Vient ensuite la retraite complémentaire via l'AGIRC-ARRCO, alimentée par des points. Sur la tranche 1 (jusqu'au PASS), le taux contractuel est de 7,87 % au total, réparti entre 3,15 % salarié et 4,72 % employeur. Au-delà du PASS (tranche 2), les taux montent significativement.
| Cotisation | Taux salarié | Taux employeur | Assiette |
|---|---|---|---|
| Retraite de base CNAV (T1) | 6,90 % | 8,55 % | Jusqu'au PASS (46 368 €/an) |
| Retraite de base CNAV (T2) | 0,40 % | 1,90 % | Au-delà du PASS |
| AGIRC-ARRCO (T1) | 3,15 % | 4,72 % | Jusqu'au PASS |
| AGIRC-ARRCO (T2) | 8,64 % | 12,95 % | De 1 à 8 PASS |
Les taux CNAV sont réglementaires et actualisés par décret. Les taux AGIRC-ARRCO sont contractuels (accord 2019, reconduit jusqu'en 2026).
Comment les trimestres sont validés
La validation des trimestres retraite ne dépend pas du nombre de jours travaillés, mais du montant cotisé. Il faut avoir perçu l'équivalent de 150 heures de SMIC brut pour valider un trimestre.
Au SMIC horaire de 11,88 € (brut, 2025), cela donne un seuil de 1 782 € de salaire brut par trimestre, soit environ 7 130 € par an pour valider les 4 trimestres. Pour un consultant en portage salarial avec un TJM de 350 €, ce seuil est atteint en quelques jours facturés seulement. La convention collective portage salarial fixe un salaire minimum bien au-dessus de ce plancher, ce qui sécurise la validation des trimestres dès le premier mois d'activité.
Auto-entrepreneur ou portage salarial : qui cotise le mieux à la retraite ?
C'est souvent là que le débat se cristallise. Beaucoup de consultants choisissent l'auto-entrepreneuriat pour sa simplicité, sans mesurer l'impact à long terme sur leur pension.
La différence principale tient à l'absence de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO pour les auto-entrepreneurs. En micro-BNC (le régime qui s'applique à la plupart des consultants freelances), vous cotisez uniquement au régime de base de la SSI (Sécurité sociale des indépendants), sans générer un seul point complémentaire.
| Critère | Auto-entrepreneur | Portage salarial |
|---|---|---|
| Retraite de base | Oui (SSI, sur CA brut) | Oui (CNAV, sur salaire brut) |
| Retraite complémentaire | Non | Oui (AGIRC-ARRCO) |
| Taux global retraite (part active) | ~9,75 % du CA | ~10,05 % du brut (salarié seul) |
| Trimestres validés | Oui (si seuil atteint) | Oui (mêmes règles CNAV) |
| Points AGIRC-ARRCO | 0 | Oui, chaque mois |
Un consultant qui travaille dix ans en auto-entrepreneur sans accumuler de points AGIRC-ARRCO se retrouve avec une pension de base correcte, mais sans complémentaire significative. Sur une carrière longue, l'écart peut représenter plusieurs centaines d'euros par mois au moment de la liquidation. C'est l'un des arguments souvent sous-évalués dans la comparaison entre portage salarial et freelance.
Simulation : ce que rapportent les cotisations d'un consultant actif
Prenons un exemple concret. Julien, consultant en transformation digitale, facture 550 € par jour et travaille 15 jours par mois (8 250 € HT mensuels). Après frais de gestion à 7 % et charges patronales, son salaire brut ressort à environ 5 050 € par mois.
Voici ce que ses cotisations retraite représentent chaque mois :
| Cotisation | Base de calcul | Montant mensuel |
|---|---|---|
| Retraite de base, part salarié (6,90 %) | 5 050 € × 6,90 % | 348 € |
| AGIRC-ARRCO T1, part salarié (3,15 %) | 3 864 € × 3,15 % | 122 € |
| Total part salarié | 470 € | |
| Retraite de base, part employeur (8,55 %) | 5 050 € × 8,55 % | 432 € |
| AGIRC-ARRCO T1, part employeur (4,72 %) | 3 864 € × 4,72 % | 182 € |
| Total part employeur | 614 € |
Plus de 1 080 € de cotisations retraite par mois, dont 470 € prélevés sur le salaire de Julien. En parallèle, il accumule des points AGIRC-ARRCO chaque mois, qui s'ajouteront à sa pension au moment de la liquidation.
Portage salarial et cumul emploi-retraite
C'est l'angle souvent oublié : le portage salarial est parfaitement compatible avec le statut de retraité. La réforme des retraites de 2023 a modifié les règles du cumul emploi-retraite, avec des implications concrètes pour les consultants.
Deux situations coexistent. Si vous n'avez pas encore liquidé l'intégralité de vos pensions auprès de tous vos régimes obligatoires, vous pouvez reprendre une activité en portage salarial, mais vos revenus d'activité sont plafonnés. Le montant cumulé (pension et revenus de portage) ne doit pas dépasser le niveau de votre dernier salaire avant retraite.
Si vous avez liquidé toutes vos pensions à taux plein (tous régimes confondus), le cumul emploi-retraite total s'applique sans plafond. Et depuis la réforme de 2023, cette reprise d'activité génère de nouveaux droits à la retraite : points AGIRC-ARRCO supplémentaires, trimestres contributifs, surcote possible sur la pension de base.
Pour un consultant retraité qui souhaite travailler deux ou trois jours par semaine, le portage salarial est souvent le cadre le plus adapté. La société de portage gère l'ensemble du volet administratif, et le statut de salarié porté s'applique pleinement, y compris en matière de protection sociale en cas d'interruption d'activité.
Un exemple concret
Marie a 63 ans. Elle a liquidé toutes ses pensions en janvier 2026 et perçoit 1 800 € nets de pension mensuelle. Elle reprend une activité de conseil en ressources humaines via une société de portage, à raison de 450 € par jour et 8 jours par mois (3 600 € HT mensuels).
Après frais de gestion et charges, elle perçoit environ 1 600 € nets mensuels de portage. Son revenu global avoisine les 3 400 € nets, sans contrainte de plafond puisqu'elle est en cumul total. Et elle continue d'accumuler des points AGIRC-ARRCO chaque mois.
Ce que le portage salarial ne garantit pas
Le portage salarial construit une meilleure retraite que l'auto-entrepreneuriat, c'est avéré. Quelques nuances méritent néanmoins d'être posées.
Vos points de retraite dépendent directement de votre salaire brut, lui-même tributaire de votre TJM et de votre taux d'activité. Un consultant qui ne facture que 3 ou 4 jours par mois cotise en proportion. La qualité de la retraite en portage se construit sur la durée et sur un niveau d'activité raisonnable.
Les frais professionnels remboursés (déplacements, hébergement, matériel) ne sont pas soumis à cotisations sociales. Ils améliorent votre revenu net immédiat, mais réduisent l'assiette de cotisations et donc vos droits futurs. L'arbitrage entre net immédiat et droits retraite appartient à chacun, selon l'horizon de carrière envisagé.
Si vous souhaitez vérifier vos droits accumulés sur l'ensemble de votre carrière, le relevé de carrière disponible sur info-retraite.fr consolide tous vos régimes en un seul document. Une lecture utile avant toute décision sur la date de liquidation.
